22.2.13

LES IMMORTELS

Les immortels. Des gens qui semblent avoir une connaissance infinie sur tout ce qui est venu avant, et qui jettent un regard nostalgique sur ce qui est maintenant. Les gens qui critiquent constamment le présent, notre société actuelle sous tous ses aspects.

Mais où s'en va-t-on? pourrait facilement englober l'idée générale des immortels. Certains ont moins de chandelles sur leur gâteau que la carrière de Paul Sarrasin, et pourtant, ils font déjà référence à des moments du passé comme étant une époque qui nous manque et qu'on voudrait retrouver, parce qu'on serait en constante dégénérescence. L'humain s'en irait dans un gouffre duquel il ne pourrait plus sortir.

Et là on parle pas de changements climatiques, d'enjeux politiques, de corruption, de guerres religieuses ou quoi que ce soit du genre. Non non, les immortels, ce qui les agacent, eux, c'est des choses plus générales que ça. Du genre La génération du tout-cuit-dans-le-bec. Prendre des cas particuliers pour en faire une généralité qui tourne en une génération complète. 

Non mais heye, moi là, la fille de mon amie s'est fait toucher par un petit gars à son école. Moi ça, ça arrivait pas dans mon temps. J'me demande où s'en va notre jeunesse. 
Ça arrivait dans ton temps. Ça a toujours arrivé pis ça arrivera toujours. C'est plate, mais c'est ça. Ça se disait juste moins. Les petits gars de 12 ans étaient pas tous des gentlemen en 1953, 1976 ou 1987. C'est pas parce que ça arrivait pas, ou que ça se disait pas dans ton entourage, que ça existait pas.

C'est comme si passé un certain âge, certains oubliaient complètement comment c'était dans leur temps, qui parfois est environ cinq à dix ans en arrière. Y'a rien de plus drôle qu'un jeune qui a à peine le droit de voter parler des plus jeunes comme faisant partie d'une génération perdue. Man, réalises-tu qu'à une ou deux différences près, c'est exactement la même génération que toi? Que tes commentaires sur les filles avec des chandails trop courts, les gens qui sont dix ans plus vieux que toi disaient la même chose à propos de ton petit toi et/ou de tes amies? Est-ce qu'on entre dans la déchéance de la déchéance, ou ben est-ce que t'as peut-être juste un excès de nostalgie?




D'un autre côté, on tente d'élever nos enfants pour qu'ils soient plus au courant de leur monde, pour qu'ils sachent leurs droits, pour qu'ils pensent par eux-mêmes. On veut qu'ils soient des gens intelligents, qui auront quelque chose à dire. Sauf que le jour où ils prennent trop de place, où l'enfant qu'on voulait complet nous remet en doute, là, là c'est un enfant-roi. C'est un p'tit criss qui veut tout cuit dans le bec. Qui veut pas faire d'efforts. Qui donnera rien de bon. Comme toute sa génération. L'autre avant c'était correct qu'il le fasse. C'était correct un air de rébellion dans notre temps, mais là, maintenant que c'est rendu contre nous, c'est pas bien. Faites c'que je dis, pas c'que je fais.

Au moins, c'est facile de contrer la bullshit de ces gens-là. T'as juste à dire Par rapport à quoi? et directement ça tombe. Dans le genre de T'as tu des faits ou quelque chose pour te backer, ou ben tu fais juste dire ça parce que tu l'as entendu à tivi?. Les impressions personnelles ou imagées d'un temps meilleur, c'est ben correct, mais ça battra jamais les faits. 

Comme de se demander où on s'en va quand on voit des tueurs massacrer des innocents. Le meurtre, ça fait quelques années que ça existe. Et non, les tueries publiques c'est pas une chose récente. C'est juste différent d'avant maintenant, parce qu'on est pas dans le monde d'avant. Et les tueurs trouveront d'autres manières dans l'avenir. Parce que c'est comme ça.

Point positif en contrepartie, les statistiques nous disent qu'il y a globalement, ici au Québec, de moins en moins de crime et de meurtres. Statistiques. Pas de vagues souvenirs. 

Bref, c'est juste tannant de toujours voir des gens se remémorer un temps passé où tout était rose, même s'ils l'ont jamais vécu. C'est l'équivalent d'une histoire transmise oralement de génération en génération. Ça finit toujours en version édulcorée. 

Et par un goût de dire à ces immortels qu'ils devraient peut-être un peu plus s'informer sur ce qu'ils avancent avant de se prononcer. Histoire de pas avoir l'air de quelqu'un qui a reçu ça tout cuit dans le bec au moment qu'ils doivent défendre leur point de vue.



3.2.13

LA MODE

Celle qui serait tendance. L'espèce de truc vague qui sort d'on sait pas trop où. Celle qui dicte où tu peux aller pour te démarquer ou pour te fondre dans une masse de gens à la mode.

C'est qui qui a décidé que d'avoir des grosses lunettes pas de verres, un chandail de friperie et un bol de café Mason dans une brûlerie branchée sur Parc ça serait hipster? Ou plutôt, que ces éléments-là feraient partie intégrante de l'hipsterisme? Probablement que ça se construit tranquillement avec le temps, à force du nombre de gens qui suivent le mouvement et de pseudoclichés. Et de sacs réutilisables remplis de sanglier sauvage à la Maison du Rôti.

En même temps, les modes vestimentaires, ça se comprend. C'est l'expression de soi, d'une pensée, d'un mouvement. Un gothique est pas le même type de personne qu'un nerd ou qu'un sportif à certains égards. On tente tant bien que mal de montrer ce qu'on est en dedans par ce qu'on est en dehors. Pas pour rien que la mode est plus forte et démarquée chez les jeunes ou les marginaux.

Ce qui semble encore plus abstrait que la mode vestimentaire, par contre, est la mode. La tendance. Par exemple, celle qui dicte que ce printemps, le vert crevette sera définitivement la couleur du moment. Probablement décidé en consensus par Benjamin Moore et IKEA pour remettre au goût du jour une balance de stock qui vendait pas bien. Et là les émissions de déco s'excitent. Le vert crevette! C'est tellement beau! On devrait refaire le design au complet de la cuisine, parce que le style épuré industriel, c'est complètement dépassé! Le vert crevette en plus, ça s’agencera à merveille avec votre pelouse quand vous aurez fini votre outdooring dernier cri!



Jusqu'à ce que le vert crevette écoeure tout le monde comme une crevette verte. Comme le brun orange des années 1970. Ou les couleurs terre des années 2000. Ou le tapis. Ou le stucco. Et qu'on entre chez les gens en se disant Mon Dieu que ça aurait besoin d'être rafraîchit ici! Et que là les designers d'intérieur arrivent en force pour nous dire comment changer tout ça pour que notre cuisine soit au top des tendances pendant un an ou deux. Des créateurs de mode. 

Et on tombe tous pour ça jusqu'à un certain point, parce qu'on en est entouré. Surtout quand la pub nous montre des gens heureux dans des endroits au goût du jour, notre vieux salon nous semble horriblement déprimant.

Parce qu'on a besoin de petits changements comme ça pour se désennuyer, pour se faire croire qu'on vit quelque chose de gros dans notre petite routine. 

C'est un genre de ménage du printemps stylistique, où on se défait de l'ancien super beau, pour un autre qui le sera pas dans peu de temps.

Ça désemmerde. 

4.12.12

LE PIRE

On peut toujours trouver pire que le pire. Y'a pas de limites à l'horreur, à la déchéance et au pathétique. On a tous à un moment ou à un autre pris l'exemple des petits enfants en Afrique pour dire qu'on devrait pas se plaindre. Eux autres y mangent même pas! C'est vrai, y mangent pas. Ou pas beaucoup. C'est triste, c'est déplorable et on devrait, en tant que personne vivant sur la planète, tenter de faire quelque chose pour améliorer leur sort. De l'activisme social. Et par ça, on parle pas d'un Like sur Facebook.

Mais ça fait pas pour autant qu'on a pas le droit de se plaindre. Pour certaines choses, oui c'est vrai qu'on peut souvent sonner comme des enfants gâtés qui ont juste des problèmes dignes du premier monde. Comme dire qu'hier on se sentait plein après avoir mangé juste une assiette au buffet à volonté. On s'entend que personne va nous plaindre à ce moment-là. Autrement, disons qu'on mentionne qu'on aimerait ça se payer un beau souper pour Noël, mais qu'on a pas l'argent pour. Et qu'un quelqu'un vient nous dire qu'au moins, nous, on pourra avoir un souper ce soir-là. Pas comme l'itinérant qui traîne au centre-ville de Montréal.

Donc si on suit le courant de ce type de logique, en théorie, y'a seulement une personne sur Terre qui pourrait se plaindre. Parce que dans le fond, l'itinérant, au moins, il peut manger de temps en temps, pas comme le petit gars éthiopien. Mais le petit gars éthiopien, ben en moyenne, les gens de son pays sont environ trois ou quatre fois plus riches que celles au Congo. Donc il se plaint pour rien, vu qui en a d'autres qui sont vraiment pires que lui. Et on pourrait continuer comme ça longtemps, jusqu'à ce qu'on trouve la personne qui peut le moins manger au monde à Noël. Qui pourrait finalement dire qui a vraiment rien de pire qu'elle. 

Chanceuse.



Ça veut pas dire qui faut pas relativiser notre situation. Oui, on l'a facile pour la plupart d'entre nous en comparaison à d'autres. Oui, il faut être contents de ce qu'on a, d'être nés là où on est. Il faut en profiter au maximum et toujours garder en tête que certains sont réellement dans des situations pires que nous, pour qu'au moins notre confort soit apprécié à sa juste valeur.

Mais ça veut pas dire que ça nous enlève le droit de se plaindre, d'espérer mieux. On vient d'un monde qui l'a plus facile, mais on est pas parfaits pour autant. Nos problèmes nous semblent gros parfois, parce que c'est tout ce qu'on connait. On peut pas savoir c'est quoi vivre dans la famine, la guerre et la corruption. Donc c'est gros pour nous dans notre contexte. C'est pas sain de passer son temps à reprocher aux autres de pas l'avoir si pire, qu'ils se plaignent la bouche pleine de buffets. Parce que le charbon de l'un est le diamant de l'autre, de façon assez aléatoire.

Faut juste faire la part des choses. Aspirer à mieux tout en étant conscient que pire existe.

9.11.12

LE TEMPS

Ça passe vite le temps. Plus vite que tout le reste, qui passe toujours à cause du temps. Ou bien le temps passe à cause des choses, l'un ou l'autre. On fait nos choses, des choses, tout plein de choses, et ensuite on regarde ce qu'on a fait, et on réalise que le temps a passé don ben vite.

Pourtant, si y'a bien quelque chose de constant, c'est le temps. La seule emprise qu'on a sur lui, c'est de le faire passer plus ou moins vite en s'occupant. En s'occupant de nous, des autres. En essayant d'en faire le maximum en peu de temps, pour que nos souvenirs soient remplis d'évènements. Pour qu'hier semble lointain tellement on en a fait, au lieu de se rappeler que l'an passé, à même date, on faisait la même chose. La routine trop constante, ça casse le temps. Si quelqu'un après un an te demande Quoi de neuf? et que tout ce que tu trouves à lui répondre c'est Bof, les chances sont fortes que la routine soit un peu trop omniprésente. Ou bien que la mémoire soit pas ta force.


Le temps, c'est traître parfois, mais ça peut aussi aider. Ça aide à ce qu'on soit pas obsédés toute notre vie avec des choses anodines. Si on vivait toujours le même moment présent, on s'en sortirait pas, parce que tout serait parfaitement frais à notre mémoire, donc on oublierait rien. Ça nous empêcherait d'avancer et d'être nostalgiques à la fois. Parce qu'on aurait une aussi bonne mémoire des mauvais côtés que des bons, considérant que tout serait toujours là. 

Et non, c'est pas qu'il faut tout oublier du passé, mais de fortement s'accrocher amène rien de bon à notre personne. Si le temps était pas là pour nous faire oublier à quatre-vingt-dix-neuf pour cent et demi du temps que Milli Vanilli a déjà existé, on déprimerait. C'est un peu comme tamiser du sable pour trouver de l'or, le temps. On essaie d'évacuer la grande majorité des grains indésirables pour seulement garder le meilleur. Parfois avec des résultats décevants, surtout si on a déménagé au Yukon pour ça dans le processus, mais là, on tombe dans autre chose.

En plus, ce qui est frustrant du temps, c'est que ça existe et pas à la fois. Ça se touche pas, ça se voit pas. Ça se ressent d'une manière, puisqu'on voit les choses changer, mais on en voit seulement les effets, pas la source. On peut pas retourner ou avancer dans le temps, on a aucun contrôle sur lui. On sait à peine comment ça fonctionne. Tout ce qu'on peut voir, c'est que les choses se transforment, vieillissent, évoluent et disparaissent. 

On peut essayer de gagner du temps, ou d'en perdre un peu de temps en temps, mais y'aura toujours autant de minutes dans une heure, une journée et une année. Le truc c'est pas de s'efforcer à gagner le maximum de temps possible, mais de bien utiliser celui qu'on a.

Dans le fond, le temps, c'est comme le vent. Ça nous pousse dans le dos et ça s'en va on sait pas trop où.

19.7.12

LES LASERS

Les lasers, c'est un peu de la magie. Ça peut tout faire, du show de lumières aux millions d'utilités en médecine en passant par les sabres, c'est quelque chose qu'on se sert partout, mais qui reste très abstrait pour le commun des mortels. C'est un peu comme de la lumière tellement concentrée que ça devient dangereux. Et bizarrement utile.

Ou inutile. Parce que c'est tellement spécial que ça se vend vraiment facilement. Quelque part dans les années 1990, du temps du jeune temps, pour une raison encore inexpliquée, la démographique des jeunes garçons a trippé fort sur les pointeurs lasers. Le petit point rouge qui servait auparavant à quelques profs en avance sur leur temps était passé dans les mains des jeunes qui s'amusaient à l'utiliser partout et à brûler des rétines. Y'avait différents embouts aussi, donc on pouvait projeter des dessins pas clairs sur les murs et s'en tanner après quatorze secondes d'utilisation.

C'était un jouet dangereux. Pas directement, à moins d'avoir une propension à avaler des morceaux de métal, mais plutôt parce qu'un point comme ça dans l'oeil pour pas trop long, c'est pas nécessairement la chose la plus bénéfique du monde. On se disait toujours qu'il fallait pas faire ça, alors on le faisait. Pour une seconde, juste pour le thrill d'avoir un gros point rouge directement dans le fond du globe oculaire.

Et comme tout le reste, on s'en est tanné un moment donné. Les dépanneurs ont arrêté d'en mettre sur le comptoir directement dans notre face, et puis on est passé à autre chose. Ça devait être quelque part entre une certaine date et l'arrivée/la fin des Tamagochis. Un jouet de plus qui se ramassait dans notre boîte à souvenirs ou dans les vidanges. Certains s'en souviendront comme quelque chose de génial. D'autres comme une perte de temps. Ça en aura marqué plusieurs, dans une certaine tranche d'âge, à un certain moment.



Et maintenant, on en entend plus vraiment parler. Peut-être parce que c'est exclusivement pour les jeunes et qu'on a vieilli, peut-être parce que c'était une mode comme les Pogo balls. On a laissé ça derrière nous, et on s'en porte pas plus mal. Si c'est pas un laser, ça sera autre chose, une autre place, une autre personne, d'autres gens. Les saisons passent, les habitudes changent, nos perceptions se métamorphosent. Ce qui était bien ne l'est plus, ou l'est encore plus. La chose qui nous fascinait hier nous laisse totalement de glace aujourd'hui, ou au contraire nous obsède au point qu'on ne veut plus la laisse partir.

Tout ça, c'est inexplicable. En tout cas, ce l'est pas facilement. Personne peut vraiment expliquer pourquoi on se sent d'une manière ou d'une autre, concrètement. On va chercher des raisons à gauche et à droite, et on trouvera des pistes, mais la raison particulière nous restera presque toujours inconnue, probablement parce qu'elle existe pas.

La vie, c'est pas juste rouge, bleu ou vert.

C'est pour ça que le sentiment de lassitude ou d'enthousiasme, c'est aussi immatériel et captivant qu'un laser. 

Surtout pour un chat, le laser.

27.6.12

LES COULEURS

Y'a vraiment plein de couleurs. Rapidement comme ça, on pourrait nommer le rouge, le bleu, le vert, le jaune, le mauve, l'orange, le brun, le gris, le turquoise, le fuchsia, le lilas, le violet, le cyan, le magenta, le pourpre, le rose, l'argent, l'or, le bronze, le bel effort pour la participation.

Y'a des couleurs qui sont juste ça, des couleurs. Et t'as celles qui sont nommées en l'honneur de quelque chose qui était cette couleur-là avant qu'on décide que c'était ça. Comme la couleur crème ou l'émeraude. Qui vont, soit dit en passant, pas très bien ensemble, pour ceux qui voudraient redécorer leur salon ou la cuisine.

Y'a plein de couleurs. Quasiment une quantité infinie. Du plus grand contraste à la plus fine nuance. Des couleurs que l'on voit tous les jours, comme le bleu du ciel, qui nous semble parfois plus éclatant qu'il l'est vraiment, ou plus gris, dépendant de notre humeur. Le vert de l'été, de la nature qui vit, du gazon bien taillé devant les maisons. Le jaune, le rouge de l'automne, des feuilles qui tombent, qu'on dit souvent être le plus beau moment de l'année, ironiquement, alors que tout meurt. Le rouge passion, le rouge de l'amour, le rouge du sang. L'intensité du moment. La couleur du désir, de l'action, de la provocation. 

Et puis on a les couleurs qui existent pas vraiment souvent dans la nature, comme le mauve. Un beau mélange de rouge et de bleu, de l'eau et du feu. Une couleur qui attire l'oeil, qui s'étend maladroitement sur des frites. Qui se manifeste dans les teintes du ciel quand le soleil se couche, dans quelques fleurs, dans certains oiseaux. 



Le noir et le blanc, l'absence, ou l'amalgame de couleurs. Le tout et le rien. Voir en noir et blanc. Voir le bien et le mal. Être avec nous ou contre nous. Oublier que le gris existe, sans devoir nécessairement avoir à devenir un beige sans saveur.

Rêver en couleur. Se faire reprocher de le faire, de voir trop grand, trop beau. Comme si rêver en noir et blanc était mieux. Plutôt opter pour ajouter son pigment à un monde qui en manque parfois, à un monde qui semble à certains moments se forcer à croire que le noir et blanc est définitivement une meilleure option que la couleur, à la manière d'un grand nostalgique. 

Vouloir mettre du bleu là où il n'y a que du rouge. Ou l'inverse. Agrandir son spectre visuel. Passer des couleurs primaires à une palette complète. Peindre sa vie de petits arbres joyeux là où il n'y a rien. S'efforcer de vouloir créer un monde à notre image, avec les couleurs qu'on aura choisies.

Les couleurs, c'est pas seulement une question d'agencer son coussin avec son divan. C'est aussi d'essayer de se créer des aurores boréales, des couchers de soleil inoubliables, des tableaux abstraits qui vont sembler inaccessibles à première vue, mais qui s'armeront de sens au fur et à mesure du temps, alors qu'on prendra le temps de les observer, et d'y ajouter les couleurs qui nous conviendront, qui nous parleront.

Pour que l'abstrait prenne forme. Dans notre tête, du moins.


6.6.12

LES CHOCOLATS DE PÂQUES

Dans la vie, y'a deux types de chocolat de Pâques. Y'a ceux qui sont vides, et ceux qui sont pleins. On a tous nos préférences, ça se discute autour d'un feu de camp quand tous les sujets ont été épuisés, ou bien dans la salle d'attente chez le médecin avec une dame âgée qui en a entendu parler dans son programme préféré.

Les plus populaires sont les vides. Pas parce que c'est nécessairement meilleur, au contraire. Leur avantage unique réside dans la facilité du croquant. On a pas besoin de mordre fort pour qu'un morceau casse du reste. C'est sympathique, facile de consommation, et ça coûte pas cher. C'est un investissement mineur qui satisfait pas mal tout le monde. On peut en acheter pour toute la famille, pour les amis, pour la blonde, le chum, la belle famille, le facteur, James Dean. Repose en paix mon grand.

Sinon, y'a les pleins. Y'en a moins dans les magasins en général, parce que ça se vend moins. Parce que ça coûte plus cher. Y'a du contenu. Ça te bourre rapidement, donc tu prends plus ton temps pour le manger. Tu te gaves pas la face comme avec le vide pour se retrouver avec absolument rien deux heures plus tard. Et pleurer en boule dans le coin de ta chambre parce que t'as pu rien vu que t'as pas pris le temps d'en profiter.

Prendre le temps de déguster le chocolat. Petit morceau par petit morceau. S'en faire de la fondue s'il faut. Il est bien bien beau ton lapin vide, mais y'est vide. Et une coquille vide, ben on veut pas de ça. En tout cas, on en veut pas longtemps. Ça se casse beaucoup trop rapidement. C'est du plaisir instantané, mais pas marquant. Et si par hasard il s'avère l'être, marquant, ben ça prendra pas long que ça sera juste un souvenir, parce que t'en auras pu.



Investir dans un chocolat plein. Si tu penses que ton kid est heureux avec son chocolat en forme de casque d'Iron Man, regarde-lui bien la face quand il va peser son gros écureuil plein. Gros yeux. Visage heureux. Parce qu'il va savoir que y'en a pas mal plus du chocolat, là-dedans.

Oh, c'est certain que côté apports nutritifs, ça fait considérablement plus mal, un chocolat plein. C'est vrai que ton corps doit pas mal plus en processer. Tu vas probablement ramasser quelques calories en trop sur le chemin, tu vas être écoeuré par bouts, tu vas vouloir le pitcher au bout de tes bras, le mettre dans les vidanges, le laisser fondre au soleil sur un bout de table. Mais c'est ça, la nature de la vie. Soit on en a un peu qu'on termine rapidement pour passer à autre chose, soit on en a beaucoup et on en profite tranquillement en se disant que rien ne presse.

Le plaisir du permanent ou du temporaire. Bien vrai, tu construiras concrètement rien avec ton lapin plein de chocolat. Tu vas juste plus consommer de chocolat. Platement, oui, c'est un fait. 

Mais que ce soit du chocolat ou, disons, de l'amour, la plénitude est toujours ben mieux qu'un faible emballage de sucre cheap qui va te casser dans les mains dans le temps de le dire.

L'investissement, ça rapporte.

27.5.12

RIEN NE CHANGERA NOTRE MONDE

Ça fait longtemps qu'on est là. Dans une forme plutôt humaine, ça fait des centaines de milliers d'années qu'on existe. Qu'on fait toujours la même chose. Qu'on part des guerres, qu'on s'aime, qu'on s'aime pas. Qu'on aime pas l'autre parce qu'il est différent, parce qu'il veut pas la même chose que nous. C'est la roue qui tourne et retourne tout le temps dans le même sens.

Oh, oui, on a évolué. On accepte plus les gens, on accepte mieux la différence. On a une qualité de vie meilleure, pour une petite partie de la planète. On vit dans le luxe, dans le beau. On a ce qu'on veut, quand on le veut, au détriment des autres. En fait, on est une belle partie de la population qui se pense supérieure aux autres, consciemment ou non. On donne aux petits enfants en Afrique, on donne pour qu'ils aient une qualité de vie un peu supérieure. Et on achète nos chandails Made In China. On encourage le quasi-esclavage d'un bord et on donne de l'autre pour avoir bonne conscience. On recycle nos emballages de plastique et on roule au pétrole. On accepte la présence de compagnies qui fuckent solide la planète en polluant à elles seules comme des centaines de milliers d'entre nous.

Mais on s'en sacre. Parce que rien va changer notre monde. Fondamentalement. L'humain est rapace. L'humain veut le pouvoir. On aime son prochain tant qu'il nous fait pas trop chier, tant qu'il se met pas dans le chemin de nos grandes aspirations de vie. On vie en société, mais seulement pour soi. Notre monde ne changera pas parce qu'on veut pas changer notre petit monde personnel.

C'est triste tout ça. On se donne des airs d'hommes et de femmes modernes. On est tellement mieux que ce qui se faisait avant. On accepte des petits changements pas insignifiants en tant que tels, mais insignifiants dans la grande sphère de l'humanité. Ouin mais là tu ratisses large. Ben oui, des problèmes humanitaires. C'est gros, beaucoup trop gros pour qu'on change ça en un an, mais c'est tellement important. Tellement.

On laisse des humains se faire exploiter pour que notre monde soit plus confortable pour certains. Des humains. Des gens qui ont aussi juste une vie à vivre, qui vont travailler dans une usine de marde toute leur vie. Qui auront rien de bon. D'autres qu'on laissera crever de famine dans des zones arides parce qu'ils rapporteraient pas assez même s'ils étaient en santé. Qu'on regarde crever et qu'on s'en fout, parce qu'on en a vu toute notre vie. On considère indirectement certains humains comme étant moins importants. Indéniablement. Par nos actions.


L'indifférence qui tue. Des images de l'international. Quinze secondes. Fini. On passe à autre chose. C'est trop loin, ça nous intéresse pas. Avant on le savait pas, donc ça nous faisait rien. Maintenant on le sait, ça nous intéresse un peu, mais ultimement, on fait pas rien de plus. On participe pas moins à l'exploitation.

On se fait croire qu'on change beaucoup de choses. Et oui, c'est vrai, y'a des progrès, mais franchement. On le sait tous qu'on fait juste exploiter d'autres pays, et ça fait bien notre affaire, parce qu'on paye moins cher. Des partisans silencieux d'une forme d'esclavage.

Et malgré tout, on peut espérer que ça changera. Il faut espérer. Sinon, il reste plus rien, et notre côté sombre aura gagné. Et il faut pas le laisser gagner lui, parce qu'on doit toujours viser mieux, viser quelque chose qui arrivera peut-être jamais, mais qu'on se sera au moins un peu battu pour avoir.

Jamais abandonner même si ça sert ultimement pas à grand-chose. Par principe.

23.5.12

LE CONGÉLATEUR

Y'a quelques années de ça, un jour, il y avait un gros congélateur. Une version un peu moins vieille de moi, comme à son habitude, avait décidé d'y entrer sa tête pour chercher quelque chose au fond. Et l'envie vint soudainement de prendre une grande respiration. Une respiration teintée du grand froid qui y résidait. Une respiration qui réveille profondément notre système, alors que l'air glacé s'infiltre dans tous les pores de notre peau et qu'elle rafraîchit instantanément à sa manière.

L'objet de ma recherche m'échappe. C'était probablement un repas congelé perdu, ou une vieille boîte dont on avait oublié l'existence depuis quelques années, mais ça importe peu. Ce que j'y retrouvai, c'était une odeur de nostalgie. Une odeur imperceptible, un sentiment de froid particulier, qui émane seulement des congélateurs imposants. Une odeur de souvenir, du temps de ma jeune jeunesse, où j'allais aux quelques jours perdre mon temps dans le dépanneur du coin par de chaudes journées d'été. Pour ouvrir la porte coulissante des congélateurs à friandises glacées et plonger ma tête pour en sortir un Mr Freeze. Bleu ou blanc, de préférence. Le dépanneur près du parc New Heaven, qui ne portait pas vraiment ce nom-là, et qu'on nommait mal de toute façon, car la rue qui longeait le parc, c'était New Haven. Celui sur Sainte-Foy, près du gros lave-auto jaune. En plus, eux, souvent, ils avaient des pop-sicles Cyclone qui fondaient dans la bouche, mais qui étaient relativement plus chers qu'un bâton de glace, donc on se le gardait pour les événements-pas-si-spéciaux quelques fois durant l'été. Y'avait aussi celui directement en face du gros lave-auto jaune, mais lui, on l'aimait moins. Il était pas beau.

L'enfance, l'été, le parc, le temps perdu, l'innocence. Tout ça te revient en plein visage, du même coup. Ça te fouette, ça te rend nostalgique. Ça te fait manquer ces moments où tu découvrais le monde, où trois coins de rue, c'était l'autre bout de la planète. Où les limites de ton univers physique, c'était le gros boulevard, pas la Terre entière. Vouloir tout apprendre à nouveau, réapprendre comme si on ne savait rien. Retourner dans le temps où l'odeur du froid d'un congélateur, c'était l'embryon d'un moment de plaisir en devenir.




La force de la mémoire. Sans même qu'elle soit visuelle ou auditive. Des dizaines et des dizaines de souvenirs qui résident dans l'odeur du vide, dans une sensation particulière. Se laisser bercer dans ce qu'on se rappelle de son passé et s'en inspirer pour forger son avenir, pour qu'un jour on puisse penser à ce qui est notre moment présent avec nostalgie.

Essayer de se bâtir une histoire pour ne jamais oublier qu'on a vécu, qu'on a eu de beaux moments et qu'on en aura encore.

Il passera des congélateurs tout au long de notre vie. Il suffit seulement de se mettre la tête dedans au bon moment pour ne pas les oublier, pour ne pas considérer des évènements complètements anodins comme étant seulement anodins.

La vie, au fond, c'est rien de plus qu'une suite d'anecdotes qui forment un grand tout cohérent aux moments opportuns.

12.5.12

LE GRAND FRÈRE ATTARDÉ

Personne ici est visé en particulier. Si vous avez un grand frère et que vous trouvez qu'il souffre d'une déficience quelconque, c'est votre droit. Et là, on parle pas d'un déficient intellectuel. Ça, c'est pas un attardé, c'est une personne atteinte d'une déficience. Y'a un monde de différence entre les deux. Un déficient, il a rien fait pour, ou bien la vie s'est arrangée pour qu'il le soit. Un attardé, c'est pas nécessairement volontaire à cent pour cent, mais y'a une grosse contribution de l'individu dans son statut. Il est attardé parce que c'est sa personnalité de l'être. La distinction est là, si vous la comprenez pas, relisez.

Le grand frère attardé, donc. Le concept de l'aîné qui est pas un exemple à suivre. Et ça, dans le monde des fruits, l'orange en serait l'exemple parfait. En rapport avec la clémentine. Vrai, c'est pas directement son grand frère, mais les deux sont dans la famille des agrumes, donc le lien est relativement proche. Et visuellement, on s'entend, ça pourrait être des frères. C'est rond, orange, ça a une pelure rugueuse. Des frères de jus. Ou des soeurs, vu que les deux sont féminines. Quand on parle de genre, pas visuellement. Parce qu'elles peuvent pas mal inspirer les deux, de ce côté-là. Des formes rondes, c'est universel.

Alors comment est-ce que l'orange se retrouve à être attardée? Parce qu'elle est une version inférieure de la clémentine, malgré sa grosseur supérieure. Justement, sa grosseur. Trop gros. Ça se transporte mal dans à peu près n'importe quoi qui est pas un sac de voyage. Pas efficace. Aussi, une maudite orange, ça se mange mal. Et le coefficient de facilement mangeable, dans un fruit, c'est un facteur non négligeable. La clémentine, tu pèles, tu sépares facilement, et tu manges ça comme tu veux. Tu te la fourres dans la bouche d'un coup, tu enlèves la petite membrane transparente pour manger l'intérieur, tu la manges dans une salade, dans du pain pita. Comme tu veux.  L'orange, elle, premièrement, à moins d'avoir des outils spécialisés, lire ici le petit bâton en plastique jaune avec un bout recourbé avec lequel tu vas quand même te battre comme un fou juste pour l'ouvrir, ça s'ingère pas bien. La pelure s'arrache en petits morceaux, ça te jute dans la face, ça s'écrase de partout. Et là, une fois que t'as réussis, y'a de la genre de peau blanche sur les trois quarts de ton orange. T'essayes de l'enlever, mais ça marche pas, parce que c'est collé. T'essayes de séparer les morceaux, mais ça non plus c'est pas facile, pas comme avec une petite clémentine toute sympathique. Donc tu finis par juste te dire Fuck it et tu la manges tout croche comme tu peux. Pis t'es sale une fois terminé.


L'orange, on devrait juste consommer ça sous forme de jus. Parce qu'on a une forme adaptée à la consommation quotidienne dans la clémentine qui, on se le cachera pas, goûte à peu près la même chose. L'orange est pas un exemple, c'est pas quelque chose que la clémentine devrait aspirer à devenir, même si elle est moins populaire. La popularité, ça fait pas la qualité.

Comme ton grand frère. Ou toute autre forme de grand frère. C'est pas parce que tout le monde s'exalte devant lui qu'il est nécessairement mieux. Pas parce qu'il est plus attirant de l'extérieur à première vu qu'il est plus intéressant quand tu lui arraches la peau. 

Métaphoriquement parlant. On s'entend.